Il y a à peine trois mois, j’ai été greffée. Deux beaux poumons roses. Qu’est-ce que ça signifie être greffé ? C’est bien plus qu’une grosse opération, plus que la douleur atroce durant les semaines suivantes, encore plus que tous les efforts physiques qui faut accomplir durant la convalescence.
Être greffée, c’est surtout une vie avant et une vie après. La vie avant entre en scène dans un décor d’hôpital, avec des bonbonnes d’oxygène et un poteau de soluté pour les nombreux traitements. Cette vie là est calme, trop calme, qu’elle en devient frustrante. Tout nous éloigne de nos rêves, de nos désirs et même de nos amis. À 26 ans, moi aussi je voulais avoir une vie trépidante et faire pleins de conneries si j’en avais envie. Au lieu de ça, je devais être sage pour ne pas me retrouver dans un cimetière. Le choix n’était pas difficile à faire, même s’il m’était imposé depuis la naissance avec ma génétique, la fibrose kystique.
Je me rappelle ce que c’était que d’étouffée. Je me rappelle ce qu’était la solitude. Je me rappelle la frustration de ne jamais pouvoir réaliser les sorties que j’avais planifiée. Ce n’était pas une vie, même si c’était ma vie.
La vie après, c’est celle que je commence. Je suis encore un jeune bébé de trois mois et je ne fais que commencer à la découvrir, mais je la trouve déjà fantastique.
Juste le fait de respirer est un cadeau. Je respire enfin, sans problème, sans tousser, tranquillement. C’est fou la quantité d’air qui entre dans ses poumons là !!!! Vous n’avez pas idée de la chance que vous avez, même moi je commence à m’y habituer. C’est bête parce que j’ai tellement couru après mon souffle. Toutefois, je me souviendrai toujours de ma première grande respiration.
J’étais encore à l’hôpital et les premières journées m’avaient encore laissé sur ma faim. Je n’avais pas encore été étourdie par la révélation qu’est de pouvoir respirer. J’avais même eu envie de récupérer mes vieilles scraps tellement j’étais essoufflée. Puis une journée, c’est arrivé. Mes douleurs étaient enfin soulagées et j’ai pu gonfler mes poumons à leur maximum sans sentir les drains qui me brûlaient par l’intérieur. On aurait dit deux grosses ballounes qui me permettaient de m’élever et de me libérer de mon ancienne prison. C’était ÇA respirer. Wow ! Rien à voir avec tout ce que j’avais connu avant. De l’air, de l’air et encore de l’air ! Sans aide médicale en plus. Sans oxygène et sans le masque derrière lequel je me camouflait jadis. Mes poumons y arrivaient seuls ! J’en revenais juste pas et ça m’émerveille toujours autant.
C’est ce qui teinte le plus ma nouvelle vie, l’émerveillement et la curiosité. Je vis chaque première fois comme un enfant qui découvre la vie et je la savoure.
Chaque première fois est un cadeau et il y en a tant que c’est noël à chaque jour. Un cadeau parce que je peux enfin revivre ce moment-là ou le découvrir. Que ce soit d’aller marcher sans être essoufflée, alors que de me traîner dans ma maison était difficile, de faire des sorties sans avoir à traîner une cargaison de bonbonne d’oxygène, et même juste FAIRE des sorties, de conduire à nouveau et retrouver mon indépendance … tout est teinté de légèreté et de liberté. Rien de moins. Chaque première fois est aussi un cadeau parce qu’elle est le signe que la vie a repris ses droits. J’ai même eu la chance d’aller voir mon premier show cette semaine, ça me semblait tellement incroyable, presque irréel, que je puisse être là que j’ai manqué brailler durant les deux premières chansons de David Usher. Je me suis retenue, mais n’empêche que j’étais émue d’avoir retrouvée ma jeunesse.
Tout ces moments sont importants et ils me rappellent à chaque fois que … Je suis vivante ! Wow !
Je ne serai peut-être pas une grande voyageuse, je n’écrirai sûrement pas de best sellers et je n’aurai jamais assez de temps pour réaliser tous mes rêves, mais mes poumons roses me permettent à moi aussi d’avoir une vie normale et de décider ce que j’ai envie d’en faire. Je ne pourrais pas demander mieux. Avoir le choix, c’est la liberté et j’ai maintenant la liberté de vivre à pleins poumons.
lundi 19 novembre 2007
Inscription à :
Publier les commentaires (Atom)
2 respirations:
Wow!
Juste wow!
Tu réussis à faire ressentir aux gens ce que c'est d'être greffée.
Moi-même, j'en sais rien, mais j'ai maintenant l'impression de comprendre un peu plus...
Ça l'air d'un rêve de la façon dont tu en parles! Respirer... cette chose si simple qui nous en demande tant, qui t'en demandait tant avant. J'aimerais que les médecins voient les choses comme tu les décris... ça serait plus encourageant et moins effrayant... Ne t'occupe pas de moi ce soir, je suis un peu morose... ça va passer! Célébrons la vie à la place! :)
Enregistrer un commentaire